21 juin 2009
A votre santé
Je l'ai dit et redit les filles, dans la Grèce antique l'acte sexuel n'est pas mauvais par nature et ne fait l'objet d'aucune disqualification de principe. Certes, comme dans n'importe quelle société, il y a bien une problématisation morale de la sexualité. Celle-ci aboutit à condamner l'attitude de passivité dans les plaisirs et l'absence de tempérance.
C'est précisément ce manque de retenue (qui d'ailleurs vous caractérise), que je voudrais évoquer parce que je fais ce que je veux.
L'excès dans la fréquence et l'intensité des plaisirs sexuels est soupçonné par les Grecs de mettre la santé en danger (... votre santé éclatante a depuis démontré le caractère infondé de cette thèse). Cette méfiance est due à l'idée que beaucoup d'organes sont affectés par l'usage des plaisirs de la chair.
Aristote remarque que le cerveau est le premier organe à ressentir les conséquences de l'acte sexuel : le refroidissement (vous ne le contredirez peut-être pas). Dioclès signale que la vessie, les reins, les poumons, la moelle épinière sont exposés aux excès des plaisirs. Pythagore - que vous aimez tant, disait qu'il faut faire l'amour lorsqu'on veut s'affaiblir.
De fait, les Grecs pensaient qu'une activité sexuelle immodérée provoquait de graves maladies, comme par exemple la phtisie dorsale dont Hippocrate fait mention et dont la description se retrouvera dans les traités de médecine médiévale.
C'est une maladie qui affecte surtout les jeunes mariés et qui a pour point d'origine la moelle (partie du corps où se trouve le sperme). Elle donne la désagréable sensation d'un fourmillement qui descend le long de la colonne ; le sperme s'écoule spontanément pendant le sommeil, dans les urines et les selles... et le sujet devient stérile. Lorsque le mal s'accompagne de maux de tête ou de difficultés respiratoires, on peut même en mourir. Seul un régime spécial, à base de nourriture amollissante, peut en venir à bout, à condition de s'abstenir de sport, de vin et de plaisirs sexuels pendant un an. Autant crever non ?
Mais les excès sexuels peuvent aussi rendre l'urine noire, provoquer fièvres et nausées, rendre la langue chargée ou le cœur fragile. Pour ce dernier point, je confirme.
05 juin 2009
L'adversité
... Mais je reviendrai bientôt.
20 mai 2009
Bordel !
Vous le savez les filles, j'ai beau être parfaitement équilibré et structuré, je passe ma vie dans les manuels hygiénistes du 19ème siècle.
Et aujourd'hui, je ne résiste pas à l'envie de vous conseiller une nouvelle lecture, peut-être encore plus passionnante encore que celle de Saint Augustin, dont vous raffolez tant. Il s'agit de la grande œuvre du docteur Alexandre Parent-Duchâtelet qui a réalisé (au milieu du 19ème) une grande enquête de terrain sur les milieux de la prostitution, établissant des statistiques, visitant les bordels, interrogeant les filles - mais toujours accompagné d'un agent des mœurs.
Ce monsieur était effrayé à l'idée que les prostitués contaminent le monde avec leur immoralité. et accordait une grande importance aux fameuses maisons de repentance...
Dans ces conditions, il ne faut pas être trop surpris de la façon dont il les décrit : Molles, adipeuses et fainéantes. Voyez plutôt : "Il faut attribuer cet embonpoint à la grande quantité de bains chauds qu'elles prennent pour la plupart et surtout à leur vie inactive ainsi qu'à la nourriture abondante qu'elles se procurent. Indifférentes à l'avenir, mangeant à chaque instant, consommant beaucoup plus que les autres femmes du peuple qui travaillent péniblement, ne se levant qu'à 10 ou 11 heures du matin, comment, avec une vie aussi animale, n'engraisseraient-elles pas ?"
Au passage, on mesure l'ignorance crasse de ce docteur qui ne connaissait pas mes lectrices aux ventres plats, aux cuisses galbées et fuselées et qui pourtant se lèvent à midi, prennent des bains chauds tous les jours et s'envoient des sangliers rôtis presque tous les soirs (à table hein...).
Bref, vous le voyez, les prostitués n'étaient guère bien considérées, même si l'enquête de notre chère docteur leur concède le sens de la solidarité, l'amour des enfants et une grande ferveur religieuse.
Mais ces quelques qualités ne pèsent pas bien lourd devant le risque que ces dames de petite vertu font courir à la bonne société toute entière. Les prostituées habituent l'homme à la nudité totale de la femme, participent à l'apprentissage de la contraception, offrent des raffinements que le client espère pouvoir reproduire dans le lit conjugal...
Un autre docteur (le Dr Homo) signale ainsi que les filles de la maison de Château-Gontier, en Mayenne, ont habitué les jeunes gens aux plaisirs de la fellation !
Comme quoi, avec du recul, on peut dire qu'elles ont joué un rôle salutaire.
Ce que j'ai envie de montrer à M. Parent-Duchâtelet
16 mai 2009
Utrum aliquis puniatur pro peccato alterius
Moi qui suis passionné par toutes les archives criminelles du 15ème siècle sur cette bonne vieille ville de Dijon, je me fends aujourd'hui d'un bien triste billet sur les viols collectifs.
Si l'ont tient compte du numerus obscurus établi par les socio-criminologues pour cette époque, il faut admettre qu'entre 70 et 80% des cas n'arrivaient pas devant la justice. Sur ces bases, et par des calculs savants et stupéfiants, on peut conclure que plus de la moitié des jeunes gens de Dijon, entre 1440 et 1490, ont sinon violé une fille, au moins participé à une agression sexuelle de ce type.
On retrouve des fréquences similaires dans certaines villes du nord, comme Douai, pour laquelle j'entretiens aussi une passion sans borne.
Que risquaient les agresseurs ?
Tenez-vous bien les filles..
La peine encourue dépendait de la victime. Si le viol avait été perpétré sur une religieuse (cas le plus grave), une épouse ou une vierge, on pouvait être pendu. Mais si la victime avait dépassé l'âge du mariage et si elle était d'une humble condition, (servante, lingère), les coupables pouvaient s'arranger avec la justice en versant à la famille de la victime une indemnité négociée.
Il y a des jours où je ne suis pas très fier d'avoir une bite et où j'aimerais mieux ne pas en avoir.
10 mai 2009
Vous êtes toutes des Juliette Drouet
J'ai toujours été affreusement jaloux de Victor Hugo.
Pas du tout parce qu'il a produit une œuvre éternelle de douze mille pages, dans tous les genres littéraires, avec le succès que l'on sait. Non ça, vraiment... je trouve que c'est très surfait.
J'en suis jaloux pour la raison suivante : Lorsque Victor Hugo vivait à Guernesey, il accomplissait son petit rituel d'ablutions matinales dehors. Bon, jusque là, pas de quoi l'envier de manière maladive. Mais la petite histoire ne s'arrête pas là : Lorsqu'il sortait pour se laver en bravant les rigueurs de l'hiver, des admiratrices l'attendaient déjà, au pied de la maison, dans l'espoir d'apercevoir le grand homme dans le plus simple appareil.
Je vous reconnais bien là les filles.
Et moi par contre, les quelques fois où je me suis lavé dehors, en camping, à Sainte Radégonde des noyers, y avait personne. Per-sonne ! Vous n'en avez que pour ce Victor Hugo...
Pffff... ça m'désole.
Remarquez, à se laver dehors avec de l'eau froide, il ne devait pas tellement faire le fier... 



01 mai 2009
Messaline
Alors que vous les filles, vous profitez négligemment de ce long week-end pour étrenner vos nouvelles chaussures et vous perdre dans des étreintes que la morale réprouve... d'autres refusent courageusement de céder aux joies de ce monde pour consacrer leur vie à l'étude, l'oraison et la prière.
Fatigué des plaisirs de ce siècle, je trouve ainsi refuge dans l'austérité des livres d'histoire. C'est à genoux, que j'aime lire en latin les satires du grand polémiste Juvénal, pour oublier que mes centaines de millions de lectrices se donnent fiévreusement dans des lits froissés jusqu'au petit matin.
Juvénal consacre un de ses pamphlets accusateurs à Messaline, l'épouse de l'empereur Claude. Je me délecte à lire et relire ce grand auteur de l'Antiquité, pour l'élévation et le salut de mon âme.
"Dès qu'elle sentait son mari endormi, la Pute Impériale s'encapuchonnait et s'évanouissait dans la nuit. Camouflant ses cheveux noirs sous une perruque blonde, elle gagnait un bordel moite où un box lui était affecté, elle s'y exhibait, nue, les seins pris dans une résille d'or et proposant la matrice qui t'a porté, noble Britannicus. Elle faisait goûter ses caresses à qui entrait, se faisait payer sa passe, renversée, ouverte, une foule la besognait et y déchargeait, et, quand le bordelier libérait enfin ses filles, elle s'en allait tristement, brûlante encore de sa vulve raide, elle rentrait, fatiguée du mâle mais non repue, crasseuse, rapportant dans l'alcôve auguste le remugle du bordel." (Juvénal, Satires, VI, 115-132, trad. O. Sers, Les Belles Lettres, 1999)
Ah... les joies de l'étude...
Illustration de ma passion pour l'Antiquité
Vous saviez que Caligula aurait ouvert au Palatin un bordel dont les filles étaient recrutées parmi la haute société ?
28 avril 2009
Serrons-nous la ceinture
Vous les filles, pour acheter des chaussures ou vous contorsionner pour regarder vos fesses dans un miroir, vous êtes très fortes.
Mais dès qu'il s'agit de passer des années dans des bibliothèques poussiéreuses pour élucider un des plus grands mystères de la sexualité en Occident, alors là, il n'y a plus personne. Franchement, je ne vous félicite pas.
Ce mystère, c'est celui des ceintures de chasteté.
Sur la question même de la chasteté, je ne peux que vous recommander la lecture d'un vieux billet subtilement illustré (ici) sur la façon dont elle était comprise et vécue par les premiers moines chrétiens.
Quant aux ceintures de chasteté, c'est effectivement un mystère non résolu.
Vous les filles, vous croyez que ces ceintures remontent à l'époque des croisades. Vous pensez que les chevaliers ont ainsi protégé la vertu de leur épouse avant de partir vers Jérusalem avec la clé. Or, rien n'est plus faux que ce préjugé tenace. Pour le dire autrement, vous êtes des cancres.
Certes, vous avez quelques circonstances atténuantes. Il existe des textes qui évoquent le souci de sauvegarde de la chasteté à cette époque ou un peu après : Cette clé d'or faite de main de maître, vous porterez et la conserverez car c'est la clé de mon trésor. Mais il s'agit de récits symboliques et de promesses romantiques. Entre nous d'ailleurs, je trouve tout à fait exagéré d'appeler son sexe "mon trésor".
Les ceintures de chasteté telles que vous les imaginez dans vos pires cauchemars ne sont apparues que bien plus tard, à la toute fin de Moyen-Age. Le problème est qu'à cette époque, il n'y a pas de motif bien clair capable d'expliquer leur apparition. Si bien qu'on ne sait pas trop à quoi servaient ces ceintures de fer qui enchâssaient des sexes de miel gorgés de désir incandescent semble t-il, venaient d'Italie.
Les hypothèses sur leur raison d'être et sur leur utilisation sont donc multiples et toutes sont fragiles. Un peu comme mes centaines de millions de lectrices en somme. S'agissait-il de protections contre le risque de viol ? Ou d'un accessoire érotique ? D'une garantie de fidélité conjugale pour femme déjà prises en flagrant délit d'adultère ? D'instruments de torture ? Tout est plausible. Ce qui est certain, c'est que le métier de serrurier avait à l'époque une autre dimension.
C'est dans ce sens au moins qu'on peut dire que la chasteté garde ses secrets (surtout pour vous les filles) et que ce blog est condamné à être éternellement solide comme l'ennui.
Absence consternante de ceinture de chasteté
25 avril 2009
Dur métier
A la fin du XIIe
siècle, alors qu’on construisait la cathédrale de Paris, les femmes de petite
vertu décidèrent d’offrir, comme tous les autres corps de
métiers, un vitrail à Notre-Dame.
Mais l’évêque de Paris s'y opposa.
De même, la jurisprudence médiévale leur refusa le droit de porter sur leur robe le moindre petit ornement. Un arrêté du prévôt leur interdit ainsi de porter ne serait-ce qu'une perle, un bouton doré ou argenté. Il leur était également interdit de border leur manteau de petit-gris ou d'écureuil.
Celles qui enfreignaient ces dispositions étaient arrêtées et leur robe confisquée. Les sergents qui parvenaient à ramener de telles prises au Châtelet étaient récompensés de cinq sous. Cet intéressement provoqua de nombreux abus et il fallut une ordonnance royale, prise au temps de l'occupation anglaise, pour enlever aux sergents de ville le pouvoir de confisquer ainsi les robes des filles de joie.
Vive l'Angleterre et vive le roi.
08 avril 2009
Noyons le poissons
Vous voyez les filles, je persiste à dire que vous ne lisez pas assez les manuels des confesseurs de notre Moyen-Age. Ces pénitentiels sont des ouvrages hautement précieux dont la lecture vous permettrait enfin de rester moralement irréprochables.
Je vous recommande tout particulièrement le manuel de confession écrit par l'évêque de Worms (vers 1010) avec qui vous seriez volontiers parties en vacances. Il s'agit d'un catalogue de péchés avec à chaque fois la peine prévue en réparation.
L'article 166 vous concerne tout particulièrement : "As-tu bu le sperme de ton mari, afin qu'il t'aime davantage grâce à tes agissements diaboliques ? Si oui : 7 ans de pénitence au pain et à l'eau, aux jours fixés.". Et encore, estimez-vous heureuses !
Mais c'est l'article 172 qui me fait surtout penser à vous, lectrices farouches aux fesses d'amazone et aux seins de marbre... "As-tu agi comme font certaines femmes : elles prennent un poisson vivant, l'introduisent dans leur sexe, l'y maintiennent jusqu'à ce qu'il soit mort et après l'avoir cuit ou grillé, le donnent à manger à leur mari pour qu'il s'enflamme davantage pour elles ? Si oui, deux ans de jeûne."
Un conseil : Préférez les espèces sans écailles et ajoutez un petit filet d'huile d'olive. Servez cul-nu.
Bon appétit. 


26 mars 2009
Babylone
Des dizaines de milliers de lectrices m'ont fait part de leur indignation : Si j'évoque volontiers la morale sexuelle de l'occident chrétien médiéval ou celle de l'antiquité grecque et romaine, jamais non jamais, je n'ai daigné écrire un billet sur les mœurs en usage en Mésopotamie, il y cinq mille ans.
C'est tout simplement honteux.
Et pourtant, il s'en passait des choses à Babylone, à cette époque. Les restrictions étaient peu nombreuses, l'amour physique valorisé et les Dieux en personne étaient couramment invoqués pour que l'étreinte tienne toutes ses promesses. Sont ainsi parvenues jusqu'à nous des prières en vogue à l'époque, prières assez différentes de celles que l'Église chrétienne inculqua par la suite...
Voici un petit exemple d'incantation, adressée au ciel par les femmes pour implorer ainsi par avance leur amant : "Excite toi ! Excite toi ! Bande ! Bande ! Excite toi comme un cerf ! Bande comme un taureau sauvage ! (...) Fais-moi l'amour six fois comme un mouflon ! Sept fois comme un cerf ! Douze fois comme un mâle de perdrix !(...) Et moi, protégée par le dieu Ningirsu, je t'apaiserai !".
Personnellement, je trouve que le coup du mâle de perdrix, c'est un peu exagéré mais bon... Déjà le mouflon, c'est pas évident...
L'homosexualité n'était pas immorale et la sodomie était reconnue comme pratique contraceptive efficace. Mais le plus étonnant, c'est que certaines divinités elles-mêmes incarnaient l'amour sans entrave et la pratique des plaisirs libres.
C'est le cas de la déesse Inanna (en sumérien) que nous appelerons plutôt Ishtar (en akkadien), parce que ça m'excite plus et qui était connue pour n'être livrée qu'à ses seules passions. Libérée et charnelle, elle a inspiré de nombreux chants et de nombreux poèmes.
En voici un qui me faut la gaule évoque l'attente de ce qui fut sa première étreinte, dans les bras du dieu Tammuz (Dumuzi) : "(...) Lorsque, allongé contre moi, il pétrira mes seins laiteux et succulents / Lorsqu'il mettra la main sur ma vulve précieuse / Lorsque son membre, pareil à une proue, y livrera la vie (...)".
Est-ce que vous diriez à une homme "mets ta main sur ma vulve précieuse" les filles ? Mmmm ? Toujours est-il que l'enseignement que l'on peut tirer de ce poème est tout à fait sidérant : on peut s'appeler Tammuz et se faire des gonzesses.
Mais le plus beau n'est pas là. Non seulement les amours d'Ishtar et de Tammuz étaient célébrées et chantées, mais elles étaient aussi réalisées pour de vrai... par une nuit d'amour bien réelle entre le souverain du pays et une prêtresse spécialement choisie pour le rôle.
Voilà un dirigeant qui donnait l'exemple...


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