LostXway

Histoire universelle d'une queue ordinaire sans divertissement. Un blog solide comme l'ennui.

23 novembre 2008

L'amer

Hola les filles !

Lors d'un précédent billet, nous évoquions plaisamment l'absence de rupture entre la "morale sexuelle" du christianisme (s'il nous est permis d'aller vite) et la morale sexuelle qui prévalait durant la période précédente, celle de l'Antiquité. Nous avions même parlé de certaines formes de continuité.

Je voudrais juste vous donner un petit exemple de cette filiation, afin d'avoir un prétexte pour montrer bêtement ma queue sur un fond de mer déchaînée.

L'Eglise a largement contribué à la diabolisation de la masturbation, cette dépense de semence qui n'a ni fécondité, ni même de partenaire. Sauf erreur de ma part, la Congrégation pour la Doctrine de la foi, organe qui fixe le dogme de l'Eglise catholique, considère encore aujourd'hui que c'est un péché. C'était vrai de toute façon il y a quelques années encore. Mais bien sûr, au 17ème comme au 18ème siècle, la masturbation était rendue coupable des maux les plus graves. Heureusement que vous n'êtes pas nées à cette époque les filles.

Le jeune homme qui se masturbait risquait d'attraper une terrible maladie, une sorte de gonorrhée (écoulement involontaire et hors du coït de l'humeur spermatique) qui le rendrait bientôt "lâche, stupide, voûté, sans force, engourdi, incapable de rien, avec le teint pâle, blanc, efféminé, en un mot, presque totalement perdu". Cette "maladie honteuse pouvait même être un acheminement à la paralysie". On voit le climat de peur instauré conjointement par l'Eglise, la médecine et la pédagogie.

Or ces quelques lignes écrites il y a quelques siècles ne sont rien d'autre qu'une traduction d'un texte grec d'Arétée, écrit au 1er siècle de notre belle ère. Nombreux sont les auteurs de l'Antiquité qui recommandaient la plus grande économie sexuelle "à moins de vouloir se nuire à soi-même".

Bien sûr, il y a une très grande différence d'intensité entre les textes grecs et les textes chrétiens. La crainte et la prudence grecques vis-à-vis de la masturbation se transforment en stigmatisation bien plus marquée. Dans l'Occident chrétien, les appareils de diffusion des idées systématisent une peur qui était plus diffuse dans le monde grec. Il n'en reste pas moins que la masturbation était dans les deux cas, perçue comme potentiellement très nocive.

Entre ces deux problématisations morales de la sexualité, pas de continuité parfaite, mais pas de rupture nette.

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Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer
Rien que l'affolement des vents balayant l'air

Posté par Goliadkine à 13:49 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2008

Le moral de la morale

Parmi mes centaines de millions de lectrices, il y en a forcément qui se souviennent encore d'un billet poignant (ici), ce genre de billet qui sauve des vies, sur la place changeante du sexe dans nos sociétés et dans les préoccupations des pouvoirs d'Eglise et d'Etat.

A partir du 17ème siècle en effet, un large et puissant dispositif, via la pastorale et la confession, mais aussi via la loi civile (classement par la médecine des délits sexuels, etc.), va entraîner un discours perpétuel sur le sexe, pour qu'on en parle encore et toujours, en le faisant valoir comme le secret.

C'est un mouvement compliqué les filles. D'un côté, le sexe sort de l'ombre par le biais de tout cet appareillage qui produit discours, aveux et connaissances sur ce nouvel objet de toutes les curiosités. De l'autre, c'est bien en tant que secret qu'il est traqué. Il y a donc également une volonté morale puissante de ne pas le banaliser. Nous retrouvons la pudibonderie de la bourgeoisie victorienne, aux nuits si monotones. C'est le sujet du jour bordel ! Mais vite fait.

Juste pour se rappeler qu'au 19ème siècle, point culminant de cette pruderie, les nus sont vêtus d'une feuille de vigne lorsqu'on ne retire pas des musées les toiles jugées trop "naturistes". Mêmes certains tableaux du Christ en croix sont mis à l'index. Bien sûr, il s'agit de ceux qui le représentent avec certes un voile autour des reins mais en laissant deviner à cet endroit un très léger relief...

Les meubles qui pourraient évoquer le sexe sont cachés. Ainsi, les fauteuils Louis XV et leurs pieds galbés sont couverts de housses, comme certains pianos. Des moyens stupéfiants sont imaginés pour tenir les mains des collégiens à distance de leurs sexe, durant la nuit.

Cela aura au moins permis à J-P. Aron et R. Kempf d'écrire bien des siècles plus tard un ouvrage au titre édifiant : Le pénis et la démoralisation de l'Occident (Grasset, 1978).

Et si vous voulez qu'un pénis vous démoralise sans devoir pour autant vous farcir tout un livre, il reste ce blog solide comme l'ennui.

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Posté par Goliadkine à 14:21 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 novembre 2008

Regain

La valeur de l'acte sexuel : le christianisme l'aurait associée au mal, au péché, à la chute, alors que l'Antiquité l'aurait exaltée et dotée de significations positives.

La désignation du partenaire légitime : le christianisme l'aurait circonscrite dans le cadre du mariage monogamique et lui aurait assigné une finalité exclusivement procréatrice... au contraire des sociétés de l'Antiquité.

L'abstinence et la chasteté : le christianisme seul leur aurait conféré une haute valeur spirituelle et morale.

Les relations entre individus du même sexe : le christianisme les aurait rigoureusement interdites alors que la Grèce s'en serait délectée et que Rome les aurait acceptées.

Or, cela n'est guère exact. Il ne s'agit pas de défendre l'Eglise mais de dire que la problématisation morale de la sexualité ou l'imposition d'une morale sexuelle (à chaque fois différente) est nécessairement solidement établie au sein de chaque société, en tous temps et en tous lieux.

Et moi les filles, contrairement à vous, je suis pétri de morale sexuelle.

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Posté par Goliadkine à 13:22 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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